Foire aux Questions sur les positions et méthodes du Shift et des Shifters

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LA FAQ SHIFT-SHIFTERS :
une Foire aux Questions pour mieux comprendre le Shift et les Shifters


Le présent document est la FAQ Shift—Shifters. Elle a été élaborée par l’équipe du Shift, du bureau du Shift et d’un groupe de Shifters incluant le Conseil d’administration des Shifters, principalement à partir des rapports du Shift. Elle a été validée par The Shift Project. 
Cette « FAQ Shift-Shifters » est un document commun entre le think tank The Shift Project et le réseau de bénévoles The Shifters. Elle pourra évoluer pour intégrer de nouvelles questions au fur et à mesure. Elle aidera le Shift et les Shifters dans leurs actions et travaux, et constitue le complément méthodologique à la Charte des Shifters. Elle ne peut être rendue publique qu’à l’initiative du Shift.





1. Il est souvent difficile de hiérarchiser entre eux les (multiples) enjeux environnementaux. Comment le Shift et les Shifters abordent-ils cette question ?

Aperçu : Le Shift et les Shifters ont fait le choix de concentrer en première approche leurs travaux sur les thèmes du changement climatique et de notre dépendance aux énergies fossiles, qui peuvent être vus comme des « épreuves obligatoires » ou « à note éliminatoire » dans la recherche d’un avenir enviable.

Si le Shift et les Shifters se placent sur le terrain des problématiques environnementales au sens large, ils font le choix de se concentrer sur le climat et la dépendance de la société occidentale aux énergies fossiles, à commencer par le pétrole, dominant dans l’OCDE. En effet, faillir sur ces deux aspects engendrera de toute façon des perturbations de grande ampleur, même si tous les autres problèmes environnementaux devaient être « réglés ».

Plus généralement, The Shift Project, ambitionnant de couvrir ces domaines jusqu’à la proposition de mesures opérationnelles, doit nécessairement se positionner dans un contexte de hiérarchisation des priorités (impossible d’y échapper quand il est question d’action), tout en exposant clairement les périmètres et les hypothèses de base retenus (voir #3 « Est-ce que ce sont vraiment… » et #10 « En termes de méthodologie … »).

Dans les travaux du Shift et des Shifters, les bénéfices et intérêts de différentes solutions et scénarios doivent donc être évalués d’abord à l’aune de deux critères principaux : leur intérêt pour le climat (limitation des émissions de GES, amélioration des puits de carbone, adaptation au changement climatique), et leur contribution pour nous libérer de la dépendance aux énergies fossiles (pétrole, gaz naturel, charbon). Mais il faudra regarder, en seconde instance ou en « conditions aux limites » (en se fixant des seuils à chaque fois que possible), la préservation de la biodiversité (dont l’effondrement engagé interagit avec le changement climatique), la lutte contre la désertification, les enjeux de ressources au-delà des ressources énergétiques fossiles (matières premières dont métaux, biomasse etc.), les grands cycles biogéochimiques (azote, carbone, eau etc.), ou encore le besoin de résilience à certains chocs, dont les chocs sociaux.

Le Shift et les Shifters considèrent donc les problématiques énergie et climat comme primordiales dans la chaîne de causalité : si l’on ne règle pas les problématiques climatiques (qui aggravent les autres phénomènes) et d’approvisionnement énergétique (qui détermine les moyens dont nous disposons), les autres enjeux n’en deviennent que plus difficiles à traiter.


2. Quelle est la position du Shift et des Shifters sur l’énergie nucléaire ?

Le poids de cette question dans les débats sur l’énergie en France voudrait que la question de l’énergie nucléaire soit abordée dès le début de cette FAQ. Ainsi, pour les plus pressés, merci d’aller à la question 11 de cette FAQ : « Comment le Shift et les Shifters voient-ils les évolutions du mix énergétique ? Et comment pour le mix électrique, veiller à ce que les productions peu carbonées viennent bien réduire les émissions de CO2 ? » Il est néanmoins fortement conseillé de lire l’ensemble des éléments précédents la question 11 pour bien appréhender l’approche du Shift et des Shifters sur cette question (notamment la question des systèmes et des usages). En particulier, le fait qu’on ne puisse pas considérer une technologie en dehors du système dont elle fait partie. Notre réponse à cette question n’a de sens qu’en prenant en compte a minima le système électrique, mais également de nombreux autres éléments dont beaucoup figurent dans cette FAQ. Elle n’a pas varié depuis la création du think tank.


3. Est-ce que ce sont vraiment des calculs mathématiques faits par de supers ingénieurs qui sont la principale garantie de la qualité des travaux du Shift ?

Aperçu : Les analyses et les travaux du Shift et des Shifters se fondent certes d’une part sur une quantification rigoureuse des grandeurs en présence, mais également sur une mobilisation d’expertises multidisciplinaires, notamment par entretiens et consultation des parties prenantes et des experts du sujet.

Les analyses du Shift et des Shifters portent une attention particulière à la quantification rigoureuse des phénomènes. Les hypothèses et données d’entrée doivent être, sauf exception, dûment motivées, sourcées et traçables. Les hypothèses sont affichées de manière transparente pour pouvoir être discutées par le lecteur, novice ou averti. Les calculs et résultats sont vérifiables par celui-ci. Le niveau d’incertitude des chiffres et calculs est traité avec un souci de réalisme. Un effort est fait pour identifier clairement les unités, les ordres de grandeurs et les périmètres (sectoriels, géographiques, temporels…). Les résultats chiffrés sont rendus plus compréhensibles en les comparant à des valeurs de référence. La rigueur de l’analyse conduit les Shifters à préciser explicitement les relectures dont a bénéficié un document rendu public (relecture au sein du groupe local seulement, relecture par le comité des experts des Shifters, relecture par le Shift Project).

Pour autant, le Shift et les Shifter se gardent d’adopter une approche exclusivement mécaniste, déterministe, ou sectorielle des problèmes étudiés. Une attention particulière à la complexité est portée par le Shift. Elle se traduit notamment par l’explicitation, au moins qualitative, des liens qui peuvent relier entre eux différents sujets traités, dès lors que ces liens conditionnent l’évolution du système et ses boucles de rétroaction. Cette attention mène donc en permanence à élargir l’horizon au-delà du sujet examiné. Elle se traduit également par la prise en compte des effets rebond, historiquement toujours présents.

Au-delà de l’effort de quantification, la rigueur de l’analyse impose également la mobilisation des disciplines pertinentes sur des projets complexes, en intégrant les apports des sciences humaines. Pour ses travaux, le Shift s’attache à réaliser autant que possible des entretiens avec des parties prenantes, mobiliser des méthodes adaptées aux questions posées, à faire preuve de transparence (sur les objectifs, méthodes, acteurs impliqués, données, calculs, hypothèses, idéologies sous-jacentes etc.). La qualité des travaux implique de porter une attention particulière à la méthode, y compris pour les travaux dont la dimension mathématique est minime, comme les travaux du Shift sur le Guide pour une mobilité quotidienne bas carbone ou sur les formations dans l’enseignement supérieur. La méthode est une question tellement centrale que le Shift a réalisé un rapport entier sur la méthodologie dans les scénarios de transition énergétique.


4. On voit régulièrement débouler dans les journaux de nouveaux « trucs» technologiques. Qu’en pense le Shift ?

Aperçu : Le Shift considère que tout objet doit être considéré au regard du système dans lequel il est inséré, ainsi les avantages et défauts d’une solution isolée doivent-ils être appréciés sur l’ensemble de son cycle de vie et de ses effets directs et indirects.

Les travaux du Shift et des Shifters s’intéressent aux systèmes, et à leur évolution générale plus qu’aux objets pris isolément. A ce titre, une technologie, ou un produit, ne peut être considérée que dans la perspective de son déploiement, de son cycle de vie et plus largement vis à vis du système technique et des usages dans lequel elle s’insère (chaine logistique d’accès à la technologie, déchets générés, équilibre économique, milieu socioculturel dans lequel elle existe, effet rebond, besoins auxquels répond la technologie, état actuel du système technique auquel la technologie va participer…). Les flux entrants et sortants du système étudié sont eux-mêmes étudiés (et singulièrement l’énergie et les GES). Le choix du périmètre du système est un paramètre essentiel pour la qualité de l’étude. Ainsi, il devra être ni trop restreint pour limiter les travaux sur les flux entrants et sortants, ni trop large pour éviter les systèmes trop complexes (cf. question 7 sur les innovations de rupture). En outre, pour une nouvelle technique, il faut bien évidemment ne pas borner le système étudié de manière trop restrictive, en oubliant la partie amont et sa partie aval, ainsi que tous les effets domino susceptibles d’être induits par son déploiement. Vient-elle en addition ou en substitution à ce qui existe ? La réponse est-elle susceptible de changer à l’avenir et pour quelles raisons ? Engendre-t-elle un effet d’induction ou un effet rebond ? Enfin, souvent, une bonne manière de prendre position est aussi de raisonner « à l’envers », et de se demander si le déploiement en question est possible ou pas, facile ou pas, dans un monde où les émissions baissent de 5% par an et le PIB de presque autant.

Sur le plan économique, il faudra faire attention aux effets de bouclage : un coût qui s’avère faible dans un monde bénéficiant de combustibles fossiles de manière abondante pourrait être très différent dans un monde qui serait dépourvu de ces combustibles. Il ne faudra jamais prendre pour acquis que les coûts d’aujourd’hui sont prédictifs des coûts de demain par simple prolongation.

Ce qui précède est particulièrement important pour savoir si une nouveauté est massifiable dans un monde qui diminue rapidement son recours aux combustibles fossiles et presque aussi rapidement son approvisionnement énergétique. L’ACV (l’analyse du cycle de vie) sera nécessairement différente dans un monde « sans fossiles », et le plus souvent, par objet fabriqué, l’empreinte sera supérieure dans un monde sobre (mais on pourra fabriquer moins d’objets, et l’empreinte de l’ensemble des objets fabriqués baissera). Or, la massification (demandant souvent beaucoup d’énergie pour advenir, donc) est nécessaire pour que la technologie puisse être considérée comme une « solution pour tous ».

Cette démarche (consistant à penser système et à envisager les interactions entre les systèmes et leurs évolutions) est au cœur de l’approche du Shift, et assure ainsi la prise en compte du caractère systémique des questions liées à l’énergie et au climat. Cette démarche interdit notamment de raisonner « toutes choses égales par ailleurs » : par exemple, il ne faut pas perdre de vue que certaines technologies peuvent être moins disponibles en masse dans un monde sobre.

Enfin, la focalisation des débats sur les technologies contribue souvent à invisibiliser les enjeux de sobriété, et à susciter des espoirs déraisonnables en la possibilité d’éviter des changements par la seule technologie, ce qui peut retarder l’action et augmenter les risques.

Une conséquence de ce niveau d’exigence est que le Shift ou les Shifters ne sont souvent pas en mesure de se prononcer rapidement sur chaque sujet qui fait la une des médias.


5. Pourquoi le Shift considère-il la question du « pic pétrolier » comme importante ?

Aperçu : Même si le changement climatique reste un problème prioritaire, le Shift considère que la forte dépendance énergétique de nos sociétés à une ressource géologiquement finie constitue une menace, qu’il convient d’étudier et de traiter.

Lorsqu’un processus humain vient à consommer une ressource qui ne se régénère pas, la disponibilité de ce stock est finie par définition (« ressource finie »). Ainsi, mathématiquement, son débit d’exploitation ne peut que suivre une courbe partant de 0 et finissant à 0 en passant par un ou plusieurs maxima (et minima « locaux ») intermédiaires. Toute ressource qui ne se régénère pas à l’échelle humaine (comme c’est le cas du pétrole), connaîtra un pic d’extraction. La question est de connaître la date de sa survenue, pas son existence. En revanche, lorsqu’une ressource se régénère à l’échelle de temps humaine (ex : la biomasse), il s’agit alors de considérer les flux entrant dans le stock et les flux sortant du stock. On observe ainsi l’évolution du stock et sa tendance, ou non, à l’épuisement.

Parmi les énergies à stock fini, le pétrole a la particularité d’être la plus commode d’emploi par sa densité énergétique par unité de volume, imbattable devant les autres énergies chimiques, par sa facilité de transport et de stockage (car elle est liquide à température et pression ambiante), et par la simplicité de sa conversion en énergie utile (un moteur à combustion interne fait l’affaire). C’est donc la plus mondialisée (les 2/3 du pétrole extrait sur terre franchissent une frontière entre extraction et consommation ; aucune autre énergie fossile ou renouvelable ne dépasse la moitié de ce pourcentage), et la moins facilement substituable (notamment, l’essentiel du transport en dépend). Il se trouve que c’est aussi celle pour laquelle la contraction subie de l’offre mondiale est très probablement la plus proche. Sans même parler du climat, il est donc nécessaire d’en sevrer nos économies pour éviter les chocs économiques « non prévus » que provoquerait un manque de pétrole dans un pays non préparé.

Ainsi, d'un côté le climat nous contraint à réduire nos émissions de gaz à effet de serre, de l'autre la contraction inéluctable de l'approvisionnement pétrolier nécessite de l'anticiper : c'est ce que The Shift Project appelle la « double contrainte carbone ». Si la question du climat est largement documentée et si sa gravité commence à être bien comprise par une bonne partie de la population, le problème du « pic pétrolier » reste pour l’heure comparativement sous-documenté, peu discuté et moins bien compris.

Ceci étant, le changement climatique reste une question plus large que celle du pic pétrolier, pour trois raisons :

  • Les émissions de CO2 dues au pétrole ne représentent, en 2018, que 29% des émissions de CO2 anthropiques (sans même compter les autres gaz à effet de serre). Aussi, nous sevrer du pétrole est nécessaire, mais ne suffit malheureusement pas à résoudre le problème climatique : resterait à réduire les consommations de gaz et de charbon, la déforestation, la production de ciment, à baisser les émissions de méthane et de protoxyde d’azote, largement dues à l’agriculture etc. ;
  • Si nous le voulons vraiment, il est malheureusement possible, pour une partie des usages (industrie, chauffage, électricité, et une partie des transports) de basculer du pétrole vers le gaz ou le charbon (l’électrification pouvant se faire au charbon) ;
  • la déplétion pétrolière va avoir des conséquences importantes pour les sociétés, mais elle ne menace pas « la vie » au sens large – contrairement au changement climatique, qui est une transformation qui impacte tout, et engendrera une déstabilisation permanente et irréversible à l’échelle de plusieurs millénaires.

En revanche, la contrainte pétrolière complique l’action contre le changement climatique, puisque ce dernier devra être combattu avec des moyens réduits alors que tous les plans actuels présupposent des moyens en croissance pour ce faire (scénario AIE, SNBC, Green Deal européen etc.). C’est en cela que ce pic pétrolier est un élément majeur du paysage : il contraint à l’équivalent d’une récession structurelle alors même que nous devons gérer un problème d’ampleur croissante. L’ignorer conduit donc à des approches qui seront largement inopérantes car péchant par un excès d’optimisme.


6. Comment le Shift intègre-t-il l’économie dans ses travaux et son approche ?

Aperçu : Les activités économiques actuelles sont, en grande partie, des transformations de ressources issues de notre biosphère, sous contrainte des lois de la physique, et générant des conséquences désirables (production de biens, de services) et indésirables (les pollutions au sens large, la déplétion des ressources). Naviguer dans ce champ de contraintes requiert un certain niveau de coordination des acteurs de la société.

En première approximation, nos sociétés humaines peuvent être considérées comme un système qui extrait, transforme, travaille, et déplace des ressources énergétiques, minérales ou biologiques puisées dans l’environnement, afin de produire les biens et les services pour les individus et les organisations. Dès lors, la découverte puis l’usage croissant d’énergies – via des convertisseurs capables de la transformer en énergie mécanique (machine à vapeur, moteur à combustion interne, turbines…) – et à sa suite l’augmentation de tous les flux physiques qui sous-tendent l’activité productive, ont joué un rôle de premier ordre dans l’expansion économique, sociale et démographique des sociétés humaines actuelles, ainsi que dans l’accroissement de la productivité telle qu’on la mesure classiquement.

Par voie de conséquences, le Shift soutient par ses analyses que réduire les émissions mondiales de GES pour contenir le réchauffement climatique signifie entre autres diminuer massivement et rapidement la consommation d’énergie d’origine fossile, ce qui impactera négativement toute activité productive qui en serait dépendante et qui serait dans l’impossibilité de recourir à un substitut équivalent à temps.

Dans ce contexte physique, le fonctionnement de l'économie découle des interactions entre les humains et les institutions qu’ils ont créées, au contraire des lois de la physique qui s’imposent à l’humanité, et donc à l’économie. Les travaux du Shift s’attachent donc préalablement à toute conclusion, à s’assurer de la plausibilité des solutions proposées au regard des lois physiques basiques (conservation de l’énergie en particulier). Il ne s’agit pas de faire des études physiques poussées, mais de bien vérifier la cohérence et la plausibilité des assertions et des propositions. Les analyses économiques de toute nature (analyses de la valeur, leviers financiers, évaluations socio-économiques, modélisations macro-économiques…) ne peuvent donc être engagées qu’une fois une certaine vraisemblance vérifiée.

Cela explique pourquoi, le plus souvent, les travaux du Shift et des Shifters ne s’intéressent pas tant à l’économie sous forme d’« euros », de « croissance » ou de « dette », que sous forme de « métiers », de « personnes », de « tonnes », et de « joules ». Ce n’est pas « Combien ça coûte ? », mais « Que fait-on ? » qui importe.

Afin de concentrer ses efforts, le Shift fait le choix de traiter en priorité la situation de la France, et par extension de l’Europe. Néanmoins, ses analyses et recommandations peuvent présenter des utilités pour d’autres pays ou pour des zones géographiques infranationales, dès lors qu’elles sont contextualisées.


7. Quelle vision des politiques publiques le Shift promeut-il ?

Aperçu : En matière de préservation du climat et de sortie des énergies fossiles, les politiques publiques doivent identifier des cibles et mettre en œuvre une stratégie d’ensemble permettant de coordonner l’action des acteurs sur le long terme afin de réduire leur empreinte carbone.

La décarbonation de nos activités réclame la conception d’une stratégie adaptée, dont la mise en œuvre aura des incidences profondes sur de très nombreux aspects de nos sociétés. L’abondance énergétique fossile ayant été à la racine d’énormément d’évolutions qui ont façonné le monde moderne, se passer de ces combustibles ne peut être vu comme relevant uniquement de mesures sectorielles limitées au domaine de l’énergie. Le Shift considère qu’y parvenir implique d’identifier des objectifs et de développer une stratégie concernant l’ensemble des acteurs d’une société, à tous les échelons. Au niveau national, cela demande une forme de planification d’ensemble, qui s’imposera ensuite, dans la durée, à l’action de tous les acteurs publics et privés. Cette planification n’exclut pas un rôle pour les mécanismes de marché. Mais ceux-ci n’étant pas guidés par une « main verte invisible » vers un optimum environnemental sans intervention publique appropriée, la planification devra fortement les structurer.

La première étape d’un ensemble cohérent de politiques publiques destiné à atteindre l’objectif de décarbonation est donc une « planification », qui devra concerner tous les secteurs, du bâtiment et de l’énergie à la culture en passant par la grande distribution. Tous les acteurs de notre société doivent concourir de manière coordonnée à l’objectif poursuivi : les individus (et d’ailleurs les Shifters sont encouragés à limiter leur empreinte carbone), mais aussi les entreprises et le secteur public qui doivent travailler sur leurs émissions (scope 1, 2 et 3).

Cette planification, et plus largement l’action sur le climat et l’énergie, devrait en théorie être entreprise aux niveaux géographiques optimaux pour chaque problématique – niveau communal, régional, national, européen voire international. Afin de concentrer leurs efforts, le Shift et les Shifters font le choix de traiter en priorité la situation de la France (ses échelons infranationaux), et par extension de l’Union européenne. Néanmoins, leurs analyses et recommandations peuvent présenter des utilités pour d’autres pays, dès lors qu’elles sont contextualisées.

Plus largement, si par « politiques publiques » on entend « action », il faut rappeler que le Shift et les Shifters s’adressent à toutes les organisations quel que soit leur niveau géographique, qu’elles soient publiques, privées ou informelles, à la fois en tant que structures et à travers les individus qui les composent.


8. Que penser de l’indicateur PIB ?

Aperçu : Parce qu’il représente le seul flux de production sortant, l’importance du PIB comme indicateur économique doit être relativisée, et il devrait être substitué par d’autres indicateurs à chaque fois que nécessaire, notamment pour prendre en compte les problématiques de stock et d’empreinte carbone.

Selon l’Insee, le PIB est un « agrégat représentant le résultat final de l'activité de production des unités productrices résidentes », soit le flux de production sortant, compté au niveau national.

Le débat reste ouvert en ce qui concerne la possibilité d’une croissance « dématérialisée » du PIB dans une économie différemment organisée (un découplage, c’est-à-dire l’hypothèse d’une forte baisse de l’intensité énergétique du PIB dans une société en croissance). Il reste qu’actuellement, le PIB continue de refléter grosso modo les flux de matière et d’énergie, et donc la vitesse à laquelle l’humanité puise dans les stocks naturels sans pour autant en mesurer explicitement la diminution. Raison pour laquelle, dans l’économie telle qu’elle fonctionne actuellement, et particulièrement tant que les règles de valorisation de l’activité humaine restent les mêmes, la déplétion des ressources et les dégâts du changement climatique, en conduisant les flux extractifs et transformatifs à se contracter, conduiront en toute probabilité à une diminution corrélative du PIB.

Parce qu’on lui attribue abusivement un rôle de mesure de la « richesse », et entre autres parce qu’il était relativement simple à mesurer vite, ce qui a explicitement permis sa diffusion dans les années 1930, le PIB – ou plus exactement sa variation – est devenu l’indicateur premier du pilotage de notre économie. Il sert par exemple de référence pour de nombreux indicateurs cadrant l’action, comme le niveau de dépense publique, ou l’endettement. C’est en fonction de sa possible variation que l’on décide bien souvent de choisir telle ou telle politique économique. C’est pourquoi sa contraction structurelle rendrait caduques un certain nombre de dispositifs de pilotages économiques actuels.

Dès lors qu’il est question de notre avenir, l’importance du PIB comme indicateur économique doit donc être relativisée, et il conviendrait de lui substituer[1], ou de le compléter par d’autres indicateurs à chaque fois que nécessaire, notamment pour prendre en compte les problématiques de flux et d’empreinte carbone.

Pour le Shift, il est également important d’éclairer le débat sur la relation entre variation du PIB et variation des flux d’énergie[2], en démêlant, dans les liens qui les unissent, les causes des conséquences[3].


9. Ne peut-on pas penser qu’il va y avoir des points de rupture qui vont tout bouleverser et « nous sauver » (comme l’hydrogène, la fusion nucléaire, un retour de la croissance économique ou un changement politique majeur) ?

Aperçu : Les enjeux aux problèmes traités par le Shift et les Shifters sont trop importants pour que l’on s’accommode du pari d’une solution miracle (technologique ou non) qui résoudra tout de façon aujourd’hui imprévisible.

Les analyses des Shifters et du Shift ne font a priori pas de pari sur l’émergence de technologies de rupture. Cette règle de prudence est motivée par plusieurs observations. Tout d’abord, il faut du temps pour passer d’une technologie émergente à un usage largement répandu de cette même technologie, or le temps est précisément ce que nous n’avons pas. Si la technologie n’est même pas émergente aujourd’hui, mais juste espérée, le Shift ne postule pas qu’elle sera prête à large échelle à temps pour constituer un élément de réponse significatif dans les prochaines décennies.

Le deuxième élément à garder en tête est que le déploiement à grande échelle d’une technologie implique trop souvent la fabrication en masse d’objets, donc une mobilisation temporairement accrue d’énergie et de matière dans un monde qui devra se passer d’énergie fossile. Au regard de cette contrainte, la prudence est de mise concernant l’anticipation d’une baisse du coût de production des technologies – qu’elles soient de rupture, émergentes ou anciennes.

Les réponses que le Shift et les Shifters cherchent portent sur des problèmes si graves, que de faire reposer l’essentiel de la solution sur un pari, à savoir l’émergence d’une future technologie de rupture et son déploiement rapide, conduit d’une part à prendre un très sérieux risque d’échec sans possibilité de deuxième essai, et d’autre part à empêcher la mobilisation des acteurs sur d’autres voies. Le danger d’espérer sans que cela puisse un jour se concrétiser, et sans agir par d’autres moyens entre temps, est trop grand : il faut agir de manière planifiée et organisée dès maintenant, avec les moyens qui sont les nôtres actuellement.

En outre, quand bien même un ensemble de technologies serait disponible pour se passer d’énergies fossiles, il resterait encore à s’assurer que, en pratique, nous n’allons pas nous retrouver avec ces technologies « propres » en plus des « sales », ce qui a été trop souvent le cas jusqu’ici. Le Shift et les Shifters sont néanmoins convaincus qu’il faut soutenir fortement la recherche fondamentale et appliquée, condition nécessaire à des avancées futures, mais refusent de tabler sur des ruptures pour planifier la transformation de l’économie : au mieux, ces ruptures seront de « bonnes surprises ».

Pour la même raison, les analyses des Shifters et du Shift ne conditionnent pas non plus la réussite de leurs propositions à l’assurance d’une croissance économique future. La croissance, sur laquelle reposent toutes les politiques mises en œuvre jusqu’ici, pourrait être insuffisante en Europe – que ce soit en raison d’un tarissement subi ou organisé des sources d’énergies abondantes et pas chères qui ont alimenté cette croissance, ou en raison de la diminution des services écosystémiques rendus et des effets destructifs du changement climatique. Comme pour les questions technologiques, il est prudent – et il est possible ! – de concevoir, de débattre et de mettre en œuvre une transformation de notre organisation sans miser sur le pari incertain et périlleux de la croissance.

Enfin, si les analyses des Shifters et du Shift recommandent des changements qui peuvent être profonds dans l’organisation de la société, ces analyses ne postulent pas un changement politique radical ou une révolution quelle que soit sa direction.


10. En termes de méthodologie et au-delà de l’analyse par cycle de vie, y a-t-il une méthode qui semble particulièrement prometteuse pour explorer les différentes possibilités de transition énergétique ?

Aperçu : l’analyse par scénario permet d’ouvrir le champ de la réflexion. Elle est un outil à développer et utiliser largement.

Pour réussir la transition énergétique, il est impératif de prévoir, planifier, connaître le contexte dans lequel elle sera déployée, et de pouvoir discuter de tous ces éléments de manière opposable. Pour de nombreuses raisons – principalement liées aux incertitudes du changement climatique et à l’horizon temporel – l’analyse par scénario semble ainsi appropriée pour évaluer les impacts potentiels du changement climatique ou d’une transition « bas-carbone », notamment sur le plan stratégique.

Il est également impératif de baser les débats sur des scénarios précis quoiqu’éventuellement modifiables, où tous les paramètres clés sont abordés de manière transparente et rien n’est laissé dans l’ombre, afin d’arrêter de discuter d’idées floues, placées hors contexte, et qui ne tiennent pas compte de l’ensemble du système. Les études prospectives basées sur des scénarios constituent donc des outils essentiels pour éclairer le débat public sur la transition énergétique, en tant qu’outils conçus pour engager la discussion avec les parties prenantes sur des sujets complexes et incertains. Néanmoins, la communauté de la prospective manque encore de cadres standardisés de discussion des hypothèses et résultats de ces scénarios, qui permettraient au lecteur et aux autres producteurs de scénarios de comprendre ce qui est étudié dans chaque étude prospective et ce qui ne l’est pas. Le Shift s’intéresse à la conception de tels cadres, et en a déjà proposés.[4].


11. Comment voir les évolutions du mix énergétique ? Et comment, pour le mix électrique, veiller à ce que les productions peu carbonées viennent bien réduire les émissions de CO2 ?

Aperçu : La consommation d’énergie de nos sociétés doit être contenue, et décarbonée en substituant prioritairement des sources bas-carbone aux sources d’énergies fossiles.

L’utilisation de l’énergie, qui est aujourd’hui largement carbonée (que ce soit au niveau mondial, européen ou français), représente 78% des émissions de gaz à effet de serre européennes. Par ailleurs, le niveau actuel de consommation d’énergie fossile n’est compatible de manière durable ni avec la préservation du climat, ni avec les ressources extractibles résiduelles a minima en ce qui concerne le pétrole. Or, si la consommation d’énergie fossile doit diminuer rapidement (la limite des 2°C impose une baisse de 5% par an, et la baisse tendancielle des puits de pétrole en exploitation est de -9% par an), des calculs d’ordre de grandeur montrent qu’il sera très difficile de pallier une diminution aussi rapide par des énergies bas-carbone. Cela signifie que, en pareil cas, la quantité totale d’énergie va aussi baisser.

Organiser cette baisse passe par l’évolution conjointe des comportements et de l’organisation de la société (c.à.d. : la sobriété), et ensuite par l’augmentation de l’efficacité énergétique de l’économie. Il sera d’autant plus facile d’atteindre un mix énergétique 100% bas carbone que la quantité d’énergie consommée sera réduite.

Pour des raisons climatiques, c’est le charbon, le pétrole et le gaz dont la consommation doit être réduite et qu’il faut remplacer par des énergies bas carbone. Les autres sources d’énergie sont les biocarburants sans changement d’usage des sols (biodiesel, biogaz etc.) qui peuvent se substituer au pétrole et au gaz pour certains usages ; les sources d’électricité bas carbone (hydraulique, nucléaire, biomasse, éolien, photovoltaïque etc.) qui peuvent se substituer au charbon et au gaz utilisés dans la production d’électricité, ou alimenter les moteurs électriques qui peuvent remplacer les moteurs à pétrole ; ou encore les sources renouvelables de chaleur (pompes à chaleur, solaire thermique, bois de chauffage etc.) qui peuvent se substituer aux combustibles fossiles pour la production de chaleur. Enfin, un vecteur d’énergie comme l’hydrogène peut se substituer à certains usages spécifiques à condition que sa production soit réalisée par des moyens bas carbone, notamment l’électrolyse de l’eau (ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, puisque sa production mobilise des combustibles fossiles), et à condition que la production d’électricité soit bas carbone, ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui sur le réseau électrique européen.

Le mix électrique a une place à part dans le mix énergétique. La question spécifique de l’électricité et du mix électrique est souvent débattue car clé pour la décarbonation d’usages pour l’instant assurés grâce à du gaz et du pétrole (mobilité, chauffage et industrie par exemple). Dans le monde en 2020, où l’électricité représente 20% de la consommation d’énergie finale, c’est le charbon qui domine le mix électrique, suivi du gaz. En France, c’est le nucléaire qui domine le mix électrique (environ 70%), d’autres sources bas carbone (hydroélectricité, éolien et solaire principalement) portant le total faiblement carboné à un peu plus de 90%. En France, selon l’ADEME et dans une approche d’analyse de cycle de vie (c.à.d. de l’extraction du combustible et des matériaux de construction à la gestion des déchets et au démantèlement en passant par l’utilisation), 1 kWh d’électricité au charbon génère 1038g d'équivalent CO2, contre 406 g pour le gaz, 56g pour le photovoltaïque, 12,7g pour l’éolien terrestre et 6g pour le nucléaire.(Pour en savoir plus sur les facteurs d’émissions, consulter la base Carbone de l’ADEME, et le rapport AR5 WGIII GIEC, et la note « Assessment of the environmental footprint of nuclear energy systems » [Ch. Poinssot, 2014])

Pour que les productions d’électricité peu carbonées se substituent à celles qui le sont plus, il existe deux possibilités. La première est de renforcer le signal prix du carbone sur le marché de l’électricité (avec un prix plancher du carbone sur le marché européen des quotas de CO2, rapidement croissant dans le temps et prévisible par les acteurs). La deuxième est de planifier et organiser la fermeture des centrales à charbon puis celle des centrales au fioul et au gaz (ou leur conversion à d’autres combustibles moins carbonés, voire l’adjonction de systèmes de capture et de stockage du carbone), en mobilisant notamment des moyens réglementaires. Dans tous les cas de figure, les usages de l’électricité devront être adaptés aux possibilités de production (à la fois en volume annuel mais aussi en équilibre instantané), et ce point doit être vérifié dans tout scénario prospectif[5].

L’électricité mobilise, particulièrement en France, souvent une très large partie des débats sur la décarbonation. Elle ne représente pourtant que 20% de l’énergie utilisée par les consommateurs finaux dans le monde, pour 40% des émissions de gaz à effet de serre. En France, elle représente 25% de la consommation finale et moins de 5% des émissions, l’essentiel de l’action climatique à mener concerne donc la production de chaleur dans les logements et dans l’industrie, la mobilité et l’agriculture.


12. Le Shift et les Shifters travaillent-ils sur la notion d’« effondrement » ?

Aperçu : L’effondrement désigne une trajectoire qui n’est ni certaine ni, surtout, souhaitable. Le Shift et les Shifters concentrent donc leurs travaux sur la transformation de nos sociétés pour les décarboner de façon gérée, ce qui permettrait notamment d’éviter un effondrement.

Le Shift et les Shifters considèrent que si un effondrement brutal ou graduel de nos sociétés ne peut pas être exclu, il n’est évidemment pas souhaitable, eu égard aux dégâts humains qui en résulteraient. C’est un « scénario noir » qui doit être évité, mais qui reste utile à identifier pour précisément mieux l’éviter. Il faut donc se demander, en pratique, en quoi consisterait une trajectoire d’effondrement : elle irait de quoi vers quoi ? Quelle serait sa durée, et à quel rythme ? Où et quelle étendue ? Elle serait déclenchée par quoi ? Etc.

Confondre dégâts (inéluctables) et effondrement (présenté comme inéluctable) produit un imaginaire sans horizon d’espoir, et peut décourager le débat et les actions qui éviteraient précisément l’effondrement redouté. Pour autant, cette notion peut être un levier utile à la prise de conscience, et nourrir utilement des réflexions sur les contraintes environnementales à redouter, et sur nos points de vulnérabilité face à ces contraintes. Plutôt que de travailler sur la notion d’effondrement, le Shift et les Shifters préfèrent celle de « résilience », et ont choisi de se concentrer sur une meilleure compréhension des systèmes dans lesquels nous vivons et de leurs vulnérabilités. Cela permet au Shift et aux Shifters d’imaginer et permettre la mise en place de transformations à même de préserver la société des pires effets des contraintes environnementales, tout en réduisant ces dernières et leurs effets. C’est pourquoi la notion de résilience de notre société face à différentes crises possibles (dont le changement climatique et la déplétion des ressources pétrolières font partie) est un sujet d’étude qui se développe progressivement au Shift et chez les Shifters.


13. Les Shifters ne devraient-ils pas fonder ou soutenir un parti politique ?

Aperçu : intervenir dans le débat public sur les problèmes à traiter et ce qu’il convient de faire est déjà faire de la politique, d’une certaine manière. Le Shift et les Shifters traitent donc de sujets politiques, qui ne sauraient être réservés aux élus et partis politiques. Évidemment, ni le Shift ni les Shifters ne sont des partis politiques, et n’ont pour vocation ni de présenter ni de soutenir des candidats aux élections.

Il est vrai que l’ampleur des thèmes documentés dans les travaux du Shift et des Shifters est telle qu’elle conduit à questionner des pans entiers des modes de vie et des secteurs productifs de notre société. Les partis politiques sont évidemment aussi des lieux de réflexion sur ces sujets, mais sont également des lieux d’accès aux mandats électifs pour effectuer la mise en œuvre des solutions préconisées. Certains pourraient imaginer que les Shifters finissent par se muer en parti politique pour garantir la prise en compte des propositions du Shift dans l’action publique.

Un des éléments qui rend ce point de vue sans objet est que le Shift et les Shifters ne chercheront pas, sauf exception, à faire des propositions dans un certain nombre de domaines où un parti politique est classiquement attendu (le rapport à la laïcité, la nation, les sujets de mœurs ou de citoyenneté etc.). Au sein des Shifters coexistent du reste des personnes qui ont des sensibilités très différentes sur les exemples évoqués, ce qui interdit par construction qu’ils deviennent membres d’un même parti qui prendrait position sur tout.

Mais surtout, aujourd’hui les enjeux climatiques en France ne sont globalement plus remis en cause dans l’expression politique, voire ont largement infusé dans les partis, à des degrés divers concernant la gravité des enjeux. De ce fait, le Shift et les Shifters peuvent être un interlocuteur influent pour une large partie de l’échiquier politique et de la société. Construire une organisation partisane conduirait à devenir de fait des concurrents de ces interlocuteurs, et à perdre cette position de pivot, au risque de marginaliser les enjeux énergie-climat sur l’échiquier politique. Les membres des Shifters, quant à eux, sont en tant qu’individus, des citoyens comme les autres et sont évidemment à ce titre encouragés à aller échanger avec les différents partis politiques voire à s’engager dans la vie publique. Dans ce cas, ils ont toutefois le devoir de s’assurer que leur interlocuteur comprenne bien qu’ils ne sont pas des porte-paroles ni des Shifters et encore moins du Shift, mais qu’ils agissent à titre exclusivement personnel : en tant que simple citoyen.